Musique atonale,  Schoenberg

Arnold Shoenberg : Quatuor à cordes n°2 en fa dièse mineur, op.10

Durée estimée : environ 5 minutes

Cet article constitue la quatrième partie de la préparation au concert d’Arnold Schönberg, dans le cadre du projet Avant-concert 2025-2026.
Pour découvrir la conférence dans son intégralité, je vous invite à consulter la page Concert 7 : Schoenberg

Arnold Schönberg a composé son Deuxième Quatuor à cordes en 1907-1908.

La musique de ce quatuor dépasse les frontières du langage tonal. Pourtant, le dodécaphonisme n’apparaîtra que plus de dix ans plus tard.

(Pour rappeler la place de la musique atonale et du dodécaphonisme, vous pouvez consulter mon article : Du mode au sérialisme)

Voici comment ce concert a été reçu lors de sa création.

Témoignage de Arnold Schönberg :

Mon Deuxième Quatuor à cordes a provoqué, lors de sa première exécution à Vienne en décembre 1908, des émeutes qui ont dépassé tout ce qui s’était produit auparavant et, depuis, dans ce genre. Bien qu’il y eût aussi quelques ennemis personnels qui ont profité de l’occasion pour m’importuner — fait que l’on peut aujourd’hui prouver — je dois reconnaître que ces réactions étaient justifiées, même sans la haine de mes adversaires, car elles constituaient une réaction naturelle d’un public formé dans un esprit conservateur face à un nouveau type de musique.

De façon étonnante, le premier mouvement s’est déroulé sans aucune réaction, ni pour ni contre. Mais, après les premières mesures du deuxième mouvement, la majeure partie du public a commencé à rire et n’a cessé de perturber l’exécution pendant le troisième mouvement, « Litanei » (sous forme de variations), et le quatrième mouvement, « Entrückung ». C’était très embarrassant pour le Quatuor Rosé et pour la chanteuse, la grande Marie Gutheil-Schoder (1874–1935).

Mais, à la fin de ce quatrième mouvement, quelque chose de remarquable s’est produit. Après que la chanteuse s’est tue, vient une longue coda, jouée uniquement par le quatuor à cordes. Alors que, comme je l’ai mentionné, le public n’avait même pas respecté une chanteuse, cette coda a été accueillie sans aucune perturbation audible. Peut-être même mes ennemis et adversaires ont-ils ressenti quelque chose à ce moment-là ?

Témoignage du critique musical Karpath (revue publiée dans la revue berlinoise Signale, 6 janvier 1909) :

Je me limiterai à dire que cela a abouti à un scandale indescriptible, comme nous n’en avions jamais connu dans une salle de concert viennoise. Au beau milieu des mouvements, il y eut des éclats de rire persistants et bruyants et, au milieu du dernier mouvement, des gens criaient de toutes leurs forces : « Stop ! Assez ! Nous ne voulons pas être traités comme des imbéciles ! »

Et je dois avouer, avec regret, que moi aussi je me suis laissé entraîner à des réactions similaires. Il est vrai qu’un critique ne devrait pas exprimer son désaccord dans la salle de concert. Si j’ai néanmoins abandonné ma réserve habituelle, cela ne prouve qu’une chose : je souffrais physiquement et, comme quelqu’un cruellement malmené, malgré toute ma bonne volonté de supporter même le pire, j’ai dû crier. En me réprimandant publiquement ici, je gagne aussi le droit de sourire de mes détracteurs.

Ceux-ci, une douzaine environ, soutenaient que le quatuor de Schoenberg était une œuvre d’art, que nous autres ne le comprenions pas, que nous ne connaissions même pas la nature de la forme sonate. Pour ma part, je suis tout à fait prêt à subir un examen en harmonie, en forme et dans toutes les autres disciplines musicales devant n’importe quel aréopage. Certes, j’ai étudié selon le modèle des « anciens » et je ne pourrais donc réussir cet examen qu’en respectant le « système ancien ». Si cette douzaine affirme que « cela ne compte pas », très bien.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui cette musique ne semble plus du tout d’une complexité extrême. Nous nous sommes réellement habitués aux dissonances.

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