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Duel : Chopin – Prélude n° 18 (op. 28)

Un petit mot sur le choix des interprétations: Pour des raisons pédagogiques, je sélectionne des versions très contrastées. L’objectif n’est pas de désigner un vainqueur, mais de mettre en lumière des approches radicalement différentes d’un même chef-d’œuvre. Ces écarts permettent d’affiner l’écoute et de mieux comprendre la richesse de l’interprétation.

Écoutons le Prélude n° 18 de Chopin dans différentes interprétations. Cette œuvre figure au répertoire de presque tous les pianistes professionnels, et une simple recherche permet de trouver des dizaines d’interprétations par les plus grands musiciens. J’ai écouté de nombreuses versions et en ai sélectionné plusieurs pour notre discussion et comparaison.

Je vous recommande d’écouter les versions dans l’ordre proposé.

Yuja Wang

Interprétation très technique. Le style de Yuja Wang se reconnaît immédiatement : un toucher net, incisif, sec. Elle vous lance un défi, audacieux et tranchant.

Ivo Pogorelich

Ivo Pogorelich propose une version plus dramatique et émotive, que l’on pourrait qualifier d’interprétation classique.

Seong-Jin Cho 

Seong-Jin Cho est un pianiste relativement jeune au jeu très contemporain. Il aborde ce prélude de façon intime et lyrique. Son interprétation raconte une histoire personnelle et délicate, avec très peu de violence, beaucoup d’émotion, et une douceur empreinte de noblesse.

Mikhail Pletnev

Les interprétations de Pletnev surprennent. Il arrive que d’autres pianistes donnent leur sonorité signature, tandis que de Pletnev, on attend des découvertes, des éclairages nouveaux. Il présente ce prélude comme une ballade, une histoire épique. Comparée à toutes les autres interprétations plus traditionnelles, sa version est si singulière qu’elle donne envie de réécouter les autres, tout en donnant l’impression que son interprétation est la plus fidèle à l’esprit de l’œuvre.

Pour mon propre choix, j’ai beaucoup hésité et réécouté plusieurs fois les différentes interprétations, découvrant à chaque fois des qualités propres à chacune. Mais finalement, s’il faut choisir ma favorite, je reste sur un choix inattendu:

Dmitry Shishkin

Dmitri Shishkin est un pianiste de la même génération que Seong-Jin Cho. Le langage pianistique des pianistes contemporains, plus complexe sur le plan émotionnel et moins naïf que celui des époques passées, me parle particulièrement. J’ai beaucoup hésité entre Seong-Jin Cho et Dmitri Shishkin. Mais, en revenant à la musique de Chopin, ce prélude demande un peu plus d’intensité émotionnelle et de netteté. Pour moi, Dmitri Shishkin offre le meilleur équilibre, le plus en accord avec le texte de Chopin.

En tant que pianiste, je ne suis pas certaine que ce serait la version que je choisirais pour moi-même : j’aurais sans doute raconté mon histoire.

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