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Esthétique Classique vs Non Classique en Musique

La musique classique désigne l’ensemble de la tradition de la musique savante occidentale, du Moyen Âge jusqu’à nos jours.

L’illustration 1 montre les différentes périodes de la musique classique, y compris la période classique proprement dite, située entre 1730 et 1820. Le cercle des « classiques » reconnus comprend Haendel, Haydn, Mozart et Beethoven. Tous, sauf Haendel, ont travaillé à Vienne ou dans ses environs ; c’est pourquoi on parle souvent de classicisme viennois. Le classicisme viennois a posé les bases de l’esthétique du beau, qui ont ensuite été reprises et prolongées par la tradition classique et par la musique romantique.

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Illustration 1

Jusqu’à aujourd’hui, au XXIᵉ siècle, de nombreux amateurs de musique fondent encore leurs valeurs esthétiques sur les conceptions du classicisme viennois, tout en considérant parfois ce classicisme lui-même comme dépassé ou quelque peu ennuyeux.

L’esthétique du « classique » et du « non classique »

Le critère esthétique qui détermine la prédominance des tendances « classiques » ou « non classiques » dans tel ou tel phénomène artistique est conditionné avant tout par le choix de l’objet de représentation.

S’il s’agit de l’être au moment de sa maturité, d’une forme constituée et achevée — par exemple le corps humain « accompli », beau dans son épanouissement —, de la vie saisie dans un moment d’harmonie et de repos, alors nous pouvons parler à juste titre de la « classicité » de l’art.

Si, au contraire, l’art cherche avant tout à saisir le phénomène de la vie dans son état de changement, de métamorphose encore inachevée, au stade de la mort et de la naissance, de la croissance et du devenir, alors d’autres lois entrent en jeu : des lois non classiques.

Bien sûr, l’antinomie du « classique » et du « non classique » dans l’art ne doit pas être considérée comme absolue. Ces deux tendances s’entrelacent, interagissent et apparaissent parfois dans une unité dialectique complexe. Même les artistes chez qui prédominent les tendances « non classiques » conservent le plus souvent l’aspiration à résoudre les conflits qu’ils incarnent, à atteindre cette harmonie qui, dans l’art classique, semble donnée d’avance. D’un autre côté, les artistes de tendance « classique » ne refusent pas de représenter des affrontements conflictuels et une lutte tendue.

Et pourtant, selon que l’attention principale de l’artiste est dirigée vers le processus même du devenir ou vers son résultat, vers le conflit ou vers sa résolution harmonieuse, on peut distinguer assez nettement deux types de pensée artistique. Il ne s’agit pas d’une époque, mais d’une manière de représenter le monde.

Pensée « classique » Pensée « non classique »
Forme achevée Processus en cours
Équilibre Transformation
Harmonie Conflit
Stabilité Métamorphose
Image close, complète Image ouverte, en devenir
Repos Tension

Cette distinction se manifeste avant tout dans la forme même de l’œuvre d’art. La « classicité » se révèle avant tout dans la recherche d’un achèvement extérieur et intérieur, d’un caractère clos de la représentation, d’une mesure clairement exprimée, ainsi que d’un ordre et d’une netteté de construction.

Le beau dans l’art, ou « la beauté de l’idéal », selon Hegel, « réside dans son unité non troublée, sa tranquillité et son achèvement en lui-même ».

Vision non classique

Une intensité émotionnelle plus élevée. Un rejet des règles canoniques et une recherche de synthèse des arts.

L’intérêt de la perception non classiquese concentre sur les contradictions, les disharmonies et les conflits. La distinction entre le noir et le blanc se perd ; l’ambivalence domine.

Alors que, dans l’art classique, l’objectif principal était la recherche et surtout l’établissement de l’harmonie, dans l’art non classique, l’obtention de l’harmonie du monde n’est pas un but et peut même ne pas présenter d’intérêt. L’harmonie elle-même n’est plus pensée comme originelle et inhérente, mais comme possiblement inexistante, voire inaccessible.

Heine :
« Le monde s’est brisé, et une fissure a traversé mon cœur. »

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