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Duel : Mozart Fantasia in D minor K397

Un petit mot sur le choix des interprétations: Pour des raisons pédagogiques, je sélectionne des versions très contrastées. L’objectif n’est pas de désigner un vainqueur, mais de mettre en lumière des approches radicalement différentes d’un même chef-d’œuvre. Ces écarts permettent d’affiner l’écoute et de mieux comprendre la richesse de l’interprétation.

Wolfgang Amadeus Mozart (27 janvier 1756 – 5 décembre 1791) a composé la Fantaisie en ré mineur K.397 en 1782, à l’âge de 26 ans. Ce qui, pour la plupart des compositeurs, peut être considéré comme un jeune âge est déjà, pour Mozart, une période de maturité : il a commencé à composer très tôt et a été extrêmement productif. Il lui restait encore 10 des presque 35 années de sa vie. Une durée immense pour Mozart.

Avant d’écouter, de comparer et de réfléchir aux différentes interprétations, je voudrais me tourner vers l’opinion de Wanda Landowska sur les interprétations de Mozart.

« Mozart détestait toutes les exagérations destructrices, toute affectation et tout effet de feu d’artifice. Célèbre pour sa simplicité admirable et son expression émouvante et profonde, le jeu de Mozart surpassait même celui de Clementi, son redoutable rival. Mozart reprochait avant tout à Clementi sa « lourdeur et l’absence de sensibilité délicate dans la mélodie ».

Le cantabile mozartien était une mosaïque composée d’intonations vives, légères et chantantes qui, sans se fondre en un mélange indistinct, s’unissaient en un chant noble s’élevant vers les hauteurs. Mozart demeurait toujours vocal, même lorsqu’il écrivait pour des instruments. D’autre part, même dans un passage extrêmement ornementé, composé pour une voix de soprano colorature, sa musique est, dans son essence, pleine et riche, infiniment variée dans ses nuances. Elle recrée, pourrait-on dire, une sorte de clair-obscur. »

Aujourd’hui, dans ce duel, il y aura beaucoup de pianistes russes. Peut-être parce que Mozart est très proche des interprètes russes. Et moi aussi, j’ai grandi avec l’école russe.

Et un point technique : la Fantaisie se compose de deux parties : Andante (plus développée, avec une ligne narrative plus élaborée) et Allegretto, plus courte et plus mobile.

1. Maria Yudina 

Cas très rare : une élève de Yudina a enregistré son explication de la Fantaisie : « L’introduction doit être sombre, faiblement éclairée, statique. Vous entrez dans une cathédrale gothique… un état mystique et frémissant. »

Et effectivement, chez Yudina, le début de la Fantaisie, l’introduction, est inquiet et sombre. Après l’introduction, le thème est triste. Les passages rapides sont pleins de passion ; la pianiste ne cherche ni l’effet de jeu perlé ni à nous impressionner par une virtuosité exemplaire.

La deuxième partie est lumière et énergie, un rayon d’espoir divin, une pulsation d’énergie parfaite.

2. Daniil Trifonov

On pourrait probablement dire que tout ce qui est noir chez Yudina devient blanc chez Trifonov, et inversement. Il y a extrêmement peu d’épisodes musicaux où leurs approches se rejoignent. Il est probablement difficile de trouver des interprétations plus opposées.

Trifonov commence plus lentement, plus solennellement, plus largement. Il développe progressivement l’introduction de 11 mesures et l’amène progressivement à sa résolution. Cette courte introduction contient déjà beaucoup de couleurs et d’émotions ; dans l’interprétation de Trifonov, elle constitue une histoire achevée.

Le thème chez Trifonov est lumineux. Les passages rapides sont plus légers et plus virtuoses (plus virtuoses non pas dans le sens où Trifonov serait plus virtuose, mais selon sa propre vision).

La deuxième partie, Allegretto, est, comparée à la version de Yudina, plus chaleureuse, plus joueuse : un jeu d’ombre et de lumière.

3. Glenn Gould

Traditionnellement, Gould joue Gould. Il reste peu de Mozart, néanmoins il est souvent intéressant pour les pianistes d’écouter son approche analytique. Gould examine toujours la musique au microscope, réfléchit aux détails, et il peut être intéressant d’écouter sa logique, ses découvertes dans l’analyse de la partition.

Je ne pense pas que cela puisse être recommandé aux simples amateurs de musique, mais pour les pianistes qui connaissent déjà la partition, qui jouent cette Fantaisie, il peut être utile d’entrer dans le laboratoire de Gould.

4. Emil Gilels

Le son unique de Gilels, où absolument aucune note n’est laissée au hasard.

Il est étrange de dire cela après avoir déjà entendu des interprètes de très haut niveau, mais chez Gilels chaque note possède un sens musical. Son interprétation est un monde musical et philosophique d’une profondeur extraordinaire.

De plus, il s’agit d’un enregistrement live unique. Ne vous contentez pas d’écouter : regardez aussi comment jouait Emil Gilels. Une interprétation classique de référence.

Je vous laisse écouter ces versions et les comparer.

Le choix de Lada

S’il ne fallait pas les comparer, alors toutes les versions, à l’exception de celle de Gould, sont magnifiques. Personnellement, le monde inquiet de Maria Yudina m’est plus proche.

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